Ma vie d’expatriée #14 : liberté retrouvée ?

histoire expatrie lavienmots

Le mois dernier, je vous partageais ma notion du « vert » à Madrid. Ce mois-ci, le rendez-vous des #HistoiresExpatriées me pousse encore à la réflexion puisque le thème, trouvé par Family in Jordan, est « la liberté« . Pour rappel, ce rendez-vous mensuel a été initié par Lucie, du blog l’Occhio di Lucie, vivant à Venise. Tous les 15 du mois (bon ok, aujourd’hui, nous sommes le 14), Lucie permet aux membres du groupe de se réunir autour d’un thème d’écriture afin de parler de manière plus originale, parfois détaillée et intime, de notre vie à l’étranger !

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Je me rends compte avoir beaucoup de chance de venir d’un pays (la Belgique) et de vivre dans un pays (l’Espagne) où la liberté, quelle qu’elle soit, fait partie de notre quotidien. On nous laisse nous exprimer et être comme nous sommes librement, sans risque de finir derrière les barreaux voire pire, d’être condamné à mort. Je ne vais donc pas orienter ma réflexion sur cette liberté là ou plutôt, sur cette perte/privation de liberté, puisque je ne la connais pas (et heureusement).

Aujourd’hui, j’avais plus envie de parler de la privation de liberté que nous avons connu durant cette période de pandémie mondiale. D’autant que l’Espagne a été un pays très touché par le virus. Les règles de confinement étaient plus strictes qu’en Belgique ou en France et sincèrement, même si ça n’a pas été facile tous les jours, je me suis sentie plus en sécurité à Madrid que si j’avais été, je pense, en Belgique où avouons-le, le gouvernement a fait un peu n’importe quoi à certains moments. Je ne dis pas que les recommandations du gouvernement espagnol étaient les meilleurs mais au moins, elles étaient plus strictes et sur certains points, parfois plus sensées.

Le confinement à Madrid, comment je l’ai vécu ? 

Pour être honnête, je ne l’ai pas vécu mal. J’ai pris du temps pour moi, j’ai beaucoup cuisiné et j’ai regardé beaucoup de séries et de films que je n’avais jamais pris le temps de voir auparavant. Rien n’a changé vis-à-vis de mon travail, que ce soit la charge des tâches à accomplir ou mon salaire, en cela, je suis vraiment chanceuse !

Ce qui m’a le plus pesé, c’est de ne pas avoir pu sortir du tout jusque début mai, à part pour faire les courses. Quand je voyais que dans mon pays, les gens pouvaient se balader dans la nature ou faire du sport à 2, ça m’a un peu rendue folle car je trouvais ça totalement inconscient par rapport à la situation à Madrid (et comme par hasard, beaucoup se sont mis au jogging, de ce que j’ai pu comprendre, haha).

Les balades, les restaurants, les bars, tout cela proscrit, ces choses-là qui faisaient partie de mon quotidien m’ont fait me rendre compte que, quelque part, on m’avait pris ma liberté.

Et puis, la première sortie ! Sincèrement, j’étais à la fois excitée et pas du tout sereine. Il y avait beaucoup de monde (même si comparé à d’habitude, il n’y avait personne) et ça a été très étrange comme sensation. J’ai eu la tête qui tourne (oui, oui) et j’ai été très vite fatiguée par la balade. Le corps en avait clairement pris un coup.

Mais j’ai pu redécouvrir Madrid de manière totalement différente, avec moins de gens et apprécier chaque coins et recoins de mon quartier (oui parce que fatalement, avec un périmètre à 1km du domicile, on ne va pas bien loin).

Ceci dit, j’avais retrouvé ma liberté mais pas totalement puisque jusqu’à il y a quelques jours encore, j’étais soumise à des horaires de sortie bien définis. Et même si je n’ai jamais été contrôlée, je sais que les policiers (en civil parfois) rodaient et que les amendes étaient assez salées pour les désobéissants. Liberté donc, mais pas totale. Au bout d’un moment, j’avais quasi l’impression d’être un chien qui attendait l’heure de sa sortie journalière ! Mais après tout, je n’allais pas me plaindre, je prenais énormément de plaisir à sortir à 20h 🙂

histoires expatriées la liberté

 

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Vivre la privation de liberté loin des siens, qu’est-ce que ça fait ? 

Comme expliqué plus haut, j’ai plutôt bien vécu cette période de confinement, même si à certains moments, j’en avais marre et j’avais l’impression de devenir folle, d’être un lion en cage.

Mais en tant qu’expatriée et donc, en vivant loin toute l’année de ma famille et de mes amis, je l’ai peut-être mieux vécu qu’une personne ayant l’habitude de voir ses parents tous les week-ends. Ne plus voir mes proches pendant une certaine période, c’est mon quotidien depuis presque 5 ans maintenant.

Cependant, je dois bien l’avouer, le fait de ne plus les voir par obligation et non pas par « choix », a peut-être décuplé le manque habituel. Bah oui, soyons honnête, c’est un peu comme quand on interdit à un enfant d’aller fouiller dans les tiroirs à bonbons, il aura encore plus envie d’y aller que si on ne lui disait rien 🙂 Bien que je ne compare pas ma famille à des Chupa Chup’s, j’avoue que le fait de ne pas pouvoir les voir pendant une période indéterminée m’a fait un peu bizarre. J’étais d’ailleurs persuadée que je ne les reverrais pas avant l’automne voire l’hiver (heureusement, ce n’est pas le cas).

C’est en fait l’inconnu et le fait de ne pas avoir le contrôle de la situation qui a attisé un manque plus accru qu’à l’usuel.

Le manque de liberté, une perte de temps ? 

Oui et non. J’ai pu rattraper mon catalogue Netflix sans culpabiliser (et ça, c’est plutôt chouette avouons-le), j’ai pu faire des tartes ou tester des recettes sans l’excuse du célèbre « je n’ai pas le temps, ce soir, on mange des pâtes ! » (même si j’en ai mangé, les pâtes, c’est la vie haha).

À côté de ça, j’ai eu littéralement l’impression de perdre mon temps. Et cette sensation ne s’arrange pas lorsqu’on vit à l’étranger. Parce que, qu’on se le dise, si je suis venue m’installer en Espagne, c’est aussi pour voir du pays. Et avec cette situation, si je voyais ma rue ne serait-ce que 5 minutes, je pouvais déjà m’estimer heureuse ! J’ai même pensé à certains moments que j’aurais préféré passer le confinement chez mes parents. Au moins, j’aurais été près d’eux et en plus, je n’aurais pas eu la sensation d’avoir « loupé » quelques mois de mon expatriation à Madrid. Est-ce que vous aussi, expatriés, vous avez ressenti la même chose que moi ? (ou suis-je vraiment bizarre haha)

Maintenant que tout redevient « comme avant », je vais pouvoir de nouveau voyager à travers le pays mais j’avoue que je ne suis pas forcément sereine vis-à-vis de cela ! À quoi va ressembler le tourisme cet été ? Les prix vont-ils augmenter ou diminuer ? Est-ce que les lieux touristiques seront tout de même bondés ? Est-ce que les touristes vont respecter les distances et les règles d’hygiène ? J’ai des doutes quant à ce dernier point, malheureusement (certains touristes sont déjà irrespectueux toute l’année, alors maintenant…).

Liberté retrouvée, la vie d’après

À l’heure où j’écris ses lignes, Madrid est en phase 2. Les restaurants ont rouverts, certains bars ont rouverts à l’intérieur, nous pouvons retourner au cinéma sous réservation, nous rassembler à plusieurs, voyager dans toute la communauté de Madrid.

Mais personnellement, qu’il s’agisse de l’Espagne ou du reste du monde, j’ai peur que cette privation de liberté, cette façon de vivre qui a été celle de quasi la totalité de la planète pendant plusieurs semaines, ne soit plus qu’un mauvais souvenir une fois toutes les phases du déconfinement finies et une fois l’ensemble des frontières rouvertes sans restrictions.

Est-ce que l’humain, en 2020, est capable de retenir ses leçons ? Est-ce que l’humain, en 2020, est capable de réapprendre à vivre de manière plus responsable ? Est-ce que les établissements publics vont conserver ces règles d’hygiène indéfiniment ? Est-ce que les gens vont se faire des calins à nouveau, faire la file pour aller faire les courses ? Est-ce que les touristes apprendront enfin à voyager dans leur pays un peu plus souvent ? Et enfin, est-ce que l’humain occidental se rendra compte de la chance qu’il a d’être simplement libre. De vivre en démocratie, de pouvoir partager ses opinions sur internet comme je suis en train de le faire maintenant, à ma manière. Est-ce que les gens auront vraiment pris le temps de réfléchir comme nombreux sont ceux à le clamer haut et fort en ce moment. Est-ce que les gens apprendront à moins polluer, à consommer local et à se contenter de peu, comme ça a été le cas pendant ces mois de confinement. Sincèrement, je l’espère (mais je n’en suis pas si sûre).

Une chose est sûre, j’ai adoré écrire pour ce thème si actuel qu’est la liberté. Ce confinement et cette pandémie m’ont vraiment permis de réfléchir à mon futur, à ma manière de consommer et à celle des autres (oui, je suis désespérée quand je vois les gens faire la queue pour aller acheter un jean chez Bershka ou pour aller essayer les nouveaux Iphone). Cela faisait déjà quelques mois que j’essayais d’être plus responsable et bien, cette période me donne envie de l’être davantage. Je suis heureuse d’avoir retrouvé ma liberté à presque 100% mais j’espère du plus profond de mon coeur, que l’humain aura appris de cette expérience et qu’on ne retombera pas dans une 2ème vague comme beaucoup le préssentent…

Et vous, quel est votre ressenti vis-à-vis du confinement et de votre liberté ? 


La liberté selon d’autres expatriés :

20 Replies to “Ma vie d’expatriée #14 : liberté retrouvée ?”

  1. […] Retrouvez ci-dessous les autres articles du mois :– La liberté en Jordanie par Family In Jordan (marraine du mois)– La liberté au Maroc par Agathevisor & Cie– La liberté en Espagne par La vie en mots […]

  2. J’aime beaucoup Madrid mais j’avoue que ne pas pouvoir profiter des restaurants & bars c’est manquer une expérience. Ca m’a également manqué de ne pas pouvoir aller dans les pubs et ici, en Irlande, c’est encore fermé. On a un peu de retard par rapport à l’Espagne. En tout cas, on est d’accord vive Netflix !

    1. Depuis fin mai, les bars ont rouverts et depuis début de semaine passée, ce sont les restaurants qui ont rouverts donc on revient tout doucement à la normalité, ce que le président du gouvernement espagnol appelle même « la nouvelle normalité » qui n’est autre que la fin de toutes les phases du déconfinement ! Ça a fait un bien fou de retourner en terrasse ou d’aller au resto, malgré les mesures un peu plus strictes ! Je me doute qu’en Irlande où les pubs sont « rois » ça ne doit pas être simple non plus mais patience 🙂 Tu en profiteras encore plus quand ils seront rouverts !

  3. Merci pour ce beau récit plein de réflexions enrichissantes…S’il y a bien une chose qu’ont en commun les expats (ou du moins la plupart, à part les chanceux non confinés, haha), c’est bien la liberté retrouvée en post-confinement ! 🙂

    1. Oh oui ! Et depuis qu’on a commencé les phases du déconfinement, je ne fais que profiter du mieux que je peux ! Merci pour ce joli thème proposé 🙂

  4. Très beau ton récit et très instructif. Pour moi le confinement m’a permis d’affaire tous les points concernant mes projets personnels que j’ai toujours mis de côté avec la bonne vieille excuse « je n’ai pas le temps « . Et j’ai commencé une formation par distance que je suis en train de finaliser et je sais mais que je vais développer mon affaire à moi.

    1. Ça c’est génial aussi d’avoir pu prendre le temps de développer ses projets 🙂 Je n’ai pas pu faire grand chose « pour moi » car j’ai gardé mon 40h semaine donc au final, je n’ai pas eu énormément de temps… Et j’avoue que j’ai eu énormément de difficultés à lire pendant cette période, je ne sais pas pourquoi…

  5. Comme je me retrouve dans tes propos. Nous avons au final partagé la même expérience de confinement. Les horaires à respecter, les distances, la non possibilité de se déplacer. Le bilan de soi aussi. Bientôt la phase 3, courage !

    1. Oui, ça n’a pas été facile tous les jours mais la fin est proche !! 🙂

  6. Hâte de passer en post confinement moi ! Et si seulement cela modifiait quelques comportements car moins de pollution, plus de « vert » on est tous demandeurs !

    1. Oh oui on a permis à la planète une belle « pause » ! Malheureusement, j’ai l’impression que le taux de pollution a déjà augmenté depuis les phases de déconfinement 🙁

  7. Le confinement était moins strict en Allemagne et, à Hambourg, nous avions le droit de nous promener sans restriction de distance ou d’heures de sortie… sauf que le Schleswig-Holstein avait fermé ses frontières aux touristes. Pour s’aérer un peu tout en croisant le moins de monde possible, nous avons fait des excursions dans les espaces naturels protégés de Hambourg. On a découvert de jolis endroits mais j’étais en manque de vieilles pierres.
    Bon courage pour les semaines à venir !

    1. Oui je pense que c’est vraiment en Espagne et en Italie que le confinement était drastique ! Demain, on passe en fin d’état d’urgence sur tout le territoire espagnole, ce qui signifie qu’on va pouvoir de nouveau bouger en dehors de notre province avec quelques précautions tout de même 🙂 Les dernières semaines passées sonnaient déjà comme un goût de renouveau alors il me tarde ! 🙂

  8. Coucou ! Merci pour cet article. J’imagine qu’être confinée dans un pays qui n’est pas le sien, ça peut faire drôle parfois. Peut-être encore plus dans une ville de la taille de Madrid, d’habitude tellement animée ? J’aime bien la réflexion que tu mènes, concernant l’Être Humain face à ces nouvelles mesures et ce nouveau mode de vie… Personnellement, ça me laisse bien perplexe !

    1. Oui Madrid est très animée d’habitude donc la voir vide pendant plus de 2 mois, c’était assez bizarre et surprenant !

  9. […] vous avoir parlé du confinement à Madrid en juin dernier et donc, de la notion de liberté, je vous retrouve avec un nouvel article […]

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